DREY ou TREU ?

L’ancêtre Georges, né en 1712, décédé en 1800, savait écrire ; sa signature dans certains actes où il était témoin, était bien écrite : georg dreÿ, alors que le curé de l’époque le notait encore georg treu. A savoir : dans le dialecte du Palatinat, le mot allemand treu se prononce dreï ; alors, georg écrivait-il « comme ça se prononce », ou le curé de l’époque voulait-il faire montre de sa culture, pensant que « dreï » était simplement la prononciation locale de « treu » ?

La grande énigme : le père de Georges, Martin Drey dans son acte de décès en 1725, Martin Treu dans ses actes de mariage, avec Ursula Grad, puis avec Madeleine Karg (sans doute Karch), d’où venait-il ? On sait que, dans cette période troublée des années d’après la Guerre de Trente Ans, l’Alsace, et plus particulièrement l’Alsace du Nord, fut repeuplée par des gens venus d’ailleurs, aussi bien de Picardie que de Belgique, de la Bavière, de la Suisse, d’Autriche, probablement aussi de la Prusse.

Le patronyme Drey existe dans divers endroits du Globe ; le patronyme Treu aussi ; à Dresde il y a une petite place Georg Treu ; sur le site geneanet.org on trouve des Treu ; actuellement il y a même des familles Treu en Alsace (Durrenbach, par exemple).

Enquête à poursuivre, avis aux amateurs.

calculs d’âges

Au fur et à mesure des recherches dans les actes d’état-civil ou dans les actes religieux (baptêmes, mariages, décès), on découvre de très probables erreurs dans l’estimation de l’âge des personnes. Le premier exemple lors de mes recherches vint de l’acte de décès de mon ancêtre Georges DREY : le 17 mai 1800, à l’âge de 94 ans. Par calcul strict, il serait donc né entre le 18 mai 1705 et le 17 mai 1706. Aucune trace de sa naissance n’a été trouvée dans ce créneau. Par contre, on trouve un acte de baptême de Jean Georges DREY fils de Martin DREY (TREU) et de Madeleine KARG (KARCH) en mars 1712. La première épouse de Martin, Ursula GRAD, mariée en janvier 1700, est décédée en janvier 1706 ; Martin s’est remarié avec Madeleine KARCH en février 1711.

Des hypothèses concernant l’erreur d’âge à la mort de Georges : entre 1712 et 1800 il y a eu le changement de calendrier, du grégorien au républicain, ce qui a pu engendrer pour des agents des municipalités des problèmes de calcul. Une autre possibilité, c’est que à cette époque on ne fêtait pas systématiquement les anniversaires, et la date de naissance supposée de 1706 correspondait à l’année de décès de la première épouse, décès qui était peut-être du à une grossesse fatale et à l’espoir déçu de la naissance d’un petit Georges.

Par la suite, d’autres erreurs d’âges, repérées elles aussi grâce au recoupement de divers actes, ont été corrigées dans mon arbre généalogique. C’était parfois une erreur de calcul, ou une erreur de lecture ou de recopiage d’une date dans un document pas toujours très lisible.

Feldpostkarte an Herrn Paul Drey Ackerer in Niederlauterbach Kreiss Weissenburg

geschrieben den 12.1.1915 (carte postale écrite six jours avant la bataille fatale).

Liebe Eltern und Geschwister !

Euere Karten vom 2. und 3. habe ich erhalten und bis jetzt 5 Packete. Von der Mathern Marie habe ich ein Paket Brötchen bekommen die hatten mir gut geschmeckt. Wenn Ihr könnt schickt mir nur Schnaps. Wir sind jetzt wieder vom Schützengraben zurückgekommen in das Dorf. Aber ein Bett wie Ihr vielleicht meint haben wir nicht, wir liegen auf Stroh. Kalt haben wir doch nicht. Wir haben eine gute Decke. Das Schulhaus ist unser Quartier. Wir haben diese Woche wieder Leibesgaben bekommen, eine Pfeife, Zigaretten, Honigkuchen und ein gutes Hemd. Bin noch gesund.

es grüsst Euch Euer Sohn Johann.

Wesel den 11.12.14

Liebe Eltern und Geschwister

Euere Karte vom 28. habe ich gestern erhalten. Aber Paket habe ich noch nicht, schreibt mir, ob es wieder zurückgekommen ist. Bei uns haben schon viele Paketen bekommen, sowie Georg Schwarz aber die meisten haben es mit der Bahn bekommen als Eilgut. Wenn Ihr ein Paket schickt so vergisst nur den Taback nicht. Ein Unterfrack kauf ich mir hier. Sie sind besser gemacht für uns. Wir hatten diese Woche 7 Mark bekommen für Putzgeld. Zu putzen haben wir noch nicht so viel wir haben noch unsere alten Röcke. Koggel und Seitengewehr haben wir noch nicht. Geschossen haben wir jetzt im Ganzen 13 Schuss. Der Michel und Fritz haben mir auch geschrieben. Leo Herbein und Ludwig Weigel werden jetzt zu Hause sein. Wir sind Mittags ausgerückt und als wir Abends heimkamen waren sir fort. Hat es auch viele Kartoffel gegeben ? Es wird euch jedenfalls schwer fallen die Äcker alle einzusäen. Macht nicht mehr als Ihr könnt. Wenn ich wieder heimkomm wird alles anders werden.

Es grüsst Euch von Herzen Euer Sohn Johann.

Gruss an Johann Erhard und Verwandten.

Friedrichsfeld, den 25.11.14

Feldpostkarte an Herrn Paul DREY, Niederlauterbach, Unter ElsassImage

Liebe Eltern und Geschwister,

Endlich ist die Stunde doch gekommen da wir fort müssen. Heute Mittag um halb drei marschieren wir ab an den Bahnhof aber wo es hingeht wissen wir nicht. Grüsst nochmal alle meine Verwandten, Bekannten und Kameraden. Die letzten Grüsse aus Friedrichsfeld an Euch sendet euer Sohn Johann.

Trois mois avant la bataille d’Ostrow

Wesel, den 28.10.14

Liebe Eltern und Geschwister,

Ich will euch zu wissen thun dass wir von unserem alten Quartier in die Kaserne gekommen sind wo der Schwarz Georg gelegen hat. Er hat mir gesagt, dass sie am Montag fortkommen aber wohin ist ihnen unbekannt. Wir sind wahrscheinlich auch am längsten hier gewesen. Macht euch nur nicht so viele Sorgen. Ich hab noch viele Kameraden sogar Männer mit ein paar Kinder. Ich glaub bei diesen ist es härter noch als bei mir. Wenn es Gottes Wille ist wird doch der Krieg nicht so lange dauern dass wir wieder einander die Hand reichen können. Es hat mir bis jetzt noch keine Stunde was gefehlt. Wir haben zufällig viel Regenwetter. Wenn’s regnet bleiben wir immer zurück im Quartier. Sonst haben wir im ganzen mehr Dienst wie anfangs. Um 9 Uhr geht’s ins Bett und moegesn um halb sechs stehen wir auf. Ich geh noch immer so viel wie möglich abends in die Kirche. Hier in Wesel müssen viel Katholiken sein. Die Kirche ist abends immer voll Leute. Weiteres weiss ich jetzt nicht mehr zu schreiben.

Es grüsst euch von Herzen Euer Sohn Johann. 

En français : chers parents et frères et soeur, je veux vous faire savoir que nous sommes massées de notre ancien quartier à la caserne où était basé Schwartz Georges. Il m’a dit que lundi ils vont partir, mais ils ne savent pas où. Nous non plus n’allons certainement pas rester longtemps ici. Mais ne vous faites surtout pas beaucoup de soucis. J’ai encore beaucoup de camarades, et même des hommes qui ont plusieurs enfants. Je pense que pour eux c’est encore plus dur que pour moi. Si c’est la volonté de Dieu, cette guerre ne va pas durer trop longtemps, afin que nous puissions de nouveau nous tenir par la main. Jusque là, pas une seule heure je n’ai manqué de rien. Nous avons en ce moment un temps très pluvieux. Lorsqu’il pleut nous restons toujours à l’abri au quartier. A part cela, nous avons globalement plus d’activité qu’au début. Nous allons au lit à 9 heures et le matin à six heures et demie nous nous levons. Je vais encore aussi souvent que possible à l’église le soir. Ici à Wesel il y a sûrement beaucoup de catholiques. L’église est tous les soirs pleine de monde. Je ne vois plus d’autre chose à vous écrire.

Salutations très cordiales de votre fils Johann (Jean).

retour

Après des mois d’absence sur ce blog, il est temps de reprendre. Il y a eu plusieurs événements depuis le précédent article. D’abord la transition entre la vie professionnelle et la vie de retraité, cela prend du temps et, paraît-il, de l’énergie. Pourtant la généalogie n’a pas été à l’abandon dans cette période de transition, de nouveaux cousins se sont manifesté, directement ou par le truchement de geneanet.org ou de ancestry.fr ; une intéressante exposition de clubs de généalogie à Seltz a été organisée il y a quelques mois. J’ai aussi beaucoup travaillé avec le « Livre des familles de Niederlauterbach », qui m’a permis de découvrir une véritable tribu (!) en cherchant les descendants des 32 ancêtres de mon père Casimir. Reste à faire le même travail du côté maternel, ce sera plus facile quand les archives de la Moselle seront en ligne. La lecture des anciens actes est un travail ardu, mais en « remettant vingt fois sur le métier notre ouvrage » on déchiffre petit à petit. Alors, continuons !

La bataille qui a coûté la vie à Johann DREY

Attaque nocturne contre Ostrow.

Pour le 18 janvier (1915) était envisagée une opération de grande envergure contre le site d’Ostrow (près de Tarnow), dans le but de prendre des prisonniers et du matériel de guerre et de détruire le pont qui enjambait le Dunajec à l’est de Ostrow.

De 5h30 à 6h pm l’artillerie prit Ostrow sous un feu destructeur, et à 6h elle dirigea son feu sur Goslawice. Les deux localités ne tardèrent pas à être la proie des flammes. Grenades et obus traçaient leurs sentiers de feu dans le ciel nocturne. Pendant ce temps les détachements du régiment prévus pour l’attaque se sont mis en position.

La 11e compagnie, renforcée par 20 sapeurs du bataillon 47 du génie qui devaient faire sauter le pont du Dunajec, s’avança, depuis le pont de chemin de fer, le long de la digue du fleuve, vers le flanc est de Ostrow. Le 1er bataillon, dont les tranchées avaient été occupées par mesure de protection par les 6e et 8e compagnies, fut déployée depuis la direction de la gare de Bogumilowice jusque vers le coin sud-ouest de Ostrow. Aux premières lignes se trouvaient les 2e, 3e et 4e compagnies, alors que la 1ère compagnie suivait comme réserve. La 7e compagnie marcha sur Goslawice pour cacher à l’adversaire, par une attaque simulée, le véritable but de l’opération. A sa gauche les chasseurs du 19e menaient également une fausse attaque.

La lueur des flammes de l’incendie qui dévorait Ostrow était si intense que le champ de bataille était largement éclairé. Au devant se détachaient nettement les silhouettes des tireurs qui s’avançaient vers le village en formant un grand demi-cercle. La lueur des flammes dansait sur les canons plantés aux abords. Les canons n’étaient pas chargés, les clés rangées dans les havresacs. Bientôt les Russes entamèrent un tir nourri, en illuminant le champ de bataille presque comme en plein jour avec des projecteurs. Alors que les nôtres étaient éblouis par la clarté des flammes, les Russes avaient d’excellentes cibles, dans la mesure où leurs tranchées n’avaient presque pas souffert des tirs précédents. On voyait les réserves russes, qui avaient leurs quartiers dans la digue à l’est du village, accourir en file ininterrompue entre les maisons qui brulaient comme des torches et sauter dans les tranchées à la lisière du village. Malgré cela, les rangées d’attaquants se faufilèrent jusqu’aux barrages bien protégés. Mais de là il était impossible d’avancer davantage, bien que des mains habiles eussent remis en service les canons et que les tirs eussent repris. Parmi d’autres succomba le lieutenant Meier de la 3e compagnie.

Le chef de bataillon, le capitaine Trump, l’ordre de repli sur la gare de Bogumilowice. La 3e compagnie fut la première à se mettre hors de portée de l’ennemi, suivie de la 2e compagnie. Dans ces circonstances les compagnies furent dispersées, de sorte que les ordres et les informations passaient mal. La 4e compagnie restait introuvable. Elle avait perdu le contact avec la 3e compagnie et n’avait pas capté l’ordre de repli. Elle s’était enterrée dans des tranchées tout près des positions ennemies et poursuivait un combat âpre et sanglant. C’est là que tombèrent les lieutenants Zaedow et Lies. Leurs dépouilles sont restées dans les mains de l’ennemi. Le Feldwebel Beier fut grièvement blessé. Ce n’est que vers 12h30 le lendemain que la vaillante compagnie vit qu’elle était seule face à l’ennemi, et commença à se replier. La 11e compagnie, avec les sapeurs qui s’y étaient joints, n’a pas non plus réussi à forcer les barrages ennemis. Le lieutenant Hamann et 7 hommes furent blessés, un autre porté disparu. Les pertes du 1er bataillon, outre les officiers déjà cités, s’élevaient à 38 sous-officiers et hommes de troupe, morts ou blessés.

Extrait de « Das Reserve-Infanterie-Regiment Nr 217 im Weltkriege » de Hans
Schulze, 1932 ; traduit par Francis Drey le 17 juin 2011.

MAYEUR à Paris

Après m’être procuré l’acte de décès de mon arrière-grand-mère Madeleine MATERN (d’Grossmamme) près de la mairie de Haguenau, j’ai su que celle-ci était née à Berthelming. J’ai donc écrit à la mairie de Berthelming pour demander son acte de naissance, et là, la personne qui me l’a envoyé, et je l’en remercie, a rajouté spontanément à son courrier toute l’ascendance de Madeleine MATERN ; ce sera le sujet d’un article ultérieur.

A cette occasion j’ai appris que mon arrière-grand-père Louis MAYEUR était né à Paris en 1871. Mais Paris, c’est grand, et en 2008 les archives de Paris n’étaient pas encore en ligne. Je me suis adressé alors à l’association « La France Généalogique », qui m’a trouvé l’acte de naissance de Louis ; ses parents étaient Joseph MAYEUR, 39 ans et Marie Sophie JENNEVIN, 33 ans. Nous avons fini par découvrir leur acte de mariage du 12 juillet 1862 : un vrai document historique, contenant une mine de renseignements sur l’époque, les métiers qui se pratiquaient à Paris, les exigences de consentement des parents au mariage de leurs enfants déjà majeurs depuis belle lurette, etc.

Mais pourquoi Louis est-il retourné à Fribourg devenue allemande en 1871 ? Tout simplement parce que ses parents sont décédés alors qu’il était encore tout jeune : sa mère Sophie en 1877, et son père Joseph en 1885. Sophie était née à Fribourg, et Joseph à Maizières-les-Vic ; il est donc retourné dans la famille de sa mère. Berthelming n’est pas très éloigné de Fribourg, il y a rencontré Madeleine MATERN, l’a épousée, pour finalement partir avec elle et les deux aînés à Haguenau où il avait eu un emploi de gardien de caserne.

disparus en 1915

Jean, 26 ans, tué pendant le combat de nuit à Ostrow près de Tarnow, en Galicie, le 18 janvier 1915. Son frère Joseph est décédé de maladie à l’hopital militaire de Köslin le 23 mars de la même année. Quel chagrin pour leur soeur Marie et pour leurs parents Gretel et Paul. Paul succombera en 1917, laissant à Gretel et à Marie le soin du benjamin, Casimir, qui devra abandonner ses études secondaires pour se vouer à l’entreprise agricole que Jean avait si bien démarrée.

Grâce au site Ahnenforschung.net, en allemand, j’ai pu obtenir l’emplacement précis de la sépulture de Jean en Pologne, à quelques dizaines de kilomètres à l’est de Cracovie. Le corps de Joseph avait été rapatrié à Niederlauterbach dès le lendemain de sa mort. Ils sont vivants dans notre souvenir :

Joseph et Jean

« WIR STERBEN ERST, WENN IHR UNS VERGESST ! »